mercredi, mai 24, 2006

Le jargon bibliothéconomique

Je faisais l'autre jour une formation auprès de mes collègues au sujet du site internet. Je leur rappelais les différentes ressources que nous mettions à disposition de nos usagers et les différents moyens pour nos usagers d'y accéder. Que pouvaient-t-ils avoir à partir des postes de la BU, à partir des postes de l'Université, à partir de chez eux... Comment accéder aux ressources électroniques via le portail de l'Université, qu'y trouvait-on, qu'est-ce qui se trouvait sur notre site web etc... La formation se passait bien jusqu'à une remarque qui, en soi, semblait un peu éloignée du sujet mais finalement pas tant que ça.

La question portait sur le vocabulaire utilisé. Comment nos usagers vont-ils comprendre la différence entre documentation numérique et documentation électronique ? Vaut-il mieux parler de ressources numériques (ou électroniques) ? Je répondis que je préférais parler de numérique parce que électronique évoquait une autre réalité pour moi. Quant à documentation ou ressource, peu importait du moment qu'on gardât partout la même dénomination.



A partir de là, on me rappela de ne pas parler de SCD, terme doublement honni puisqu'en plus d'être un acronyme, il n'évoquait rien encore aux usagers habitués à la sempiternelle Bibliothèque universitaire. De même, on me fit remarquer que le terme de périodiques était incompréhensible pour nos usagers et qu'il valait mieux employer à sa place celui de revues.

Je comprends que nombre des termes que nous, bibliothécaires, employons devant nos usagers soient pour eux déconcertants. Les acronymes tels que "OPAC", "CADIST" ou donc "SCD" apparaissent vides de sens, de même que des noms comme "booléens" (et je ne suis pas certain que l'"opérateur" soit mieux compris). La plupart des étudiants ne savent pas même ce qu'est un "ISBN". Parler de périodiques ou de monographies, ainsi, au mieux renverra à d'autres réalités, au pire ne sera pas compris du tout.

Il faut dire que les bibliothécaires sont retors puisque leurs périodiques sont des revues, les fantômes, des planchettes sises dans les rayons évoquant des ouvrages, les usuels deviennent des ouvrages de références, le bruit et le silence désignent un surplus ou une absence de réponses pertinentes, le désherbage une opération d'épuration des collections, précédée ou non d'un récolement, le magasin, l'endroit où sont entreposés les ouvrages anciens, la banque, le bureau où qui sert aux prêts/retours ou aux renseignements etc... et ne parlons pas du conservateur ^^

Parfois, alors même qu'ils ne savent pas ce qu'est une bibliographie on leur parle de base de données bibliographique, factuelle, donnant accès à du texte intégral... Comment ne pas les noyer derrière ce flots de nouveautés aux caractères occultes ? Le "texte intégral", ils comprennent, voilà peut-être ce qui les pousse à éviter les premières pourtant très importantes lors de recherche d'information et à ne se concentrer que sur les secondes, ou plus exactement sur une ou deux bases.

Puis finalement je me rends compte que des mots apparemment simple sont loin de l'être et que s'ils voient ce qu'est un index ou un catalogue, nos lecteurs ne comprennent pas toujours vraiment ce qui se trouve derrière.

D'où l'intérêt aussi des formations.

Cependant, si je suis d'accord pour utiliser un vocabulaire plus adapté, je suis également partisan de ne pas tout transcrire. Je pense ainsi que si on n'explique jamais aux usagers les termes, exacts, que nous employons, ils n'apprendront jamais leur signification. J'estime qu'il convient d'avoir une démarche pédagogue et pas seulement condescendante. Idéalement, susciter la question de l'usager quand il rencontre un terme nouveau.

Pour terminer, je vous renvoie vers Karen auteure de Library web Chic qui énumère dans un billet un certain nombre de bonnes pratiques :
Best Practices

  1. Test Understanding and preferences - use your data, share your data
  2. Avoid - or use with caution - terms that users often misunderstand
  3. Put natural language on top level pages - target words (Book or Article)

    Introduce to more precise ternical terms on lower-level pages
  4. Provide intermediate pages
  5. Provide Alternative Paths - put “Find Articles option on Find Journals page and within catalog”
  6. Enhance or eplain potentially confusing terms
  7. Be consistent

6 Commentaire-s :

Anonymous Anonyme a dit...

"peu importait du moment qu'on gardât partout la même dénomination."... Justement, comment appliquer ce judicieux conseil? En faisant de beaux articles dans Bibliopedia peut être...
Et pourquoi privilégier certains termes (numérique/électronique par exemple) et pas d'autres (ressources/documentation).
J'aimerais aussi savoir ce que vous entendez par : "électronique évoquait une autre réalité pour moi". Peut être que votre définition pourrait éclairer ma lanterne, qui je l'avoue, n'est pas très performante dans ce domaine. Merci.

5/24/2006 03:42:00 PM    
Blogger Thilas a dit...

Bonjour cher Anonyme,

Je tiens d'abord à m'excuser de ne répondre que dix jours plus tard à ce commentaire. Je l'avais simplement oublié et n'avais pu y répondre sur le champs.

Comment garder partout la même dénomination ? Je suis d'accord avec vous pour remarquer la difficulté d'une telle pratique. En ce qui concerne mes collègues, je leur ai demandé au cours de formations et réunions d'avoir un discours uniforme, ce qui ne fut pas toujours facile. Pour nos écrits, j'ai fait attention à utiliser les mêmes termes dans nos écrits de communication.

Plus précisément, à mon sens, documentation et ressources n'étant pas synonymes, on peut utiliser l'un ou l'autre sans qu'il y ait vraiment confusion. Quant à électronique, cela évoque plus pour moi des composants techniques que des bases en ligne. L'information numérique est bien sous forme de 0/1, binaire, et renvoie donc à un autre concept.

6/05/2006 06:37:00 PM    
Anonymous Anonyme a dit...

...mieux vaut (plus) tard que...;-)
résumons:
- si nous arrivons à nous mettre audiapason au sein de notre propre bibliothèque c'est déjà bien ! Faut il vraiment faire une croix sur une harmonisation plus large?...
- le terme "électronique" renvoie plus à l'aspect de transmission des informations alors que le terme "numérique" correspond à la façon dont est codée cette information.

6/07/2006 09:36:00 AM    
Blogger Thilas a dit...

Qu'entendez-vous par harmonisation plus large ? Sous-entendez-vous l'établissement (et non plus la seule bibliothèque) ou l'ensemble de la profession ?

Cependant, je suis d'accord pour remarquer qu'un vocabulaire commun déjà au sein de la bibliothèque serait un bon début. Et, partant, serait plus à même d'en faciliter d'une part la compréhension d'autre part l'adoption par nos usagers et nos interlocuteurs.

Sinon, une "information électronique" me semble impropre. En fait, d'après la représentation que j'en ai, électronique ne renvoie même pas à la transmission de l'information, mais plus vraiment à une notion de composants, à un aspect physique, technique plus proche du domaine de l'électrique ou du mécanique tandis que numérique renvoie bien à des notions de contenu, cette fois plutôt en accord avec la façon dont l'information est codée, transmise, retransmise, partagée.

6/07/2006 10:05:00 AM    
Anonymous Anonyme a dit...

...Une harmonisation au niveau de l'établissement serait encore mieux effectivement! Au niveau national...j'aimerais beaucoup! Mais c'est un peu utopique non ?
Exemple tout simple qui peut susciter quelques débats : banque de données ou base de données ?
Merci pour vos précisions sur le terme "électronique". le concept me semble plus clair à présent.

6/07/2006 11:48:00 AM    
Blogger Thilas a dit...

^___^

Pour la différence entre banque et base, j'avais assisté à une conférence l'an dernier où on m'avait présenté une explication que j'avais alors jugée satisfaisante. Il faudra que je retrouve notes pour Les mettre en ligne.

6/12/2006 09:01:00 PM    

Enregistrer un commentaire

rétroliens :

Créer un lien

<< Home