mardi, septembre 20, 2005

Censure en bibliothèques



Têtu est un magazine à destination du public LGBT, soit lesbien, gay, bisexuel et trans* (pour transexuel et transgenre). Hybride entre Elle, RemAides ou euh... un magazine avec des articles plus sérieux, il propose des critiques, des articles de fonds sur les différentes façon de vivre son homosexualité, en France ou ailleurs dans le monde, nous informe sur l'actualité LGBT dans le monde. Il propose également des photos de modes ou une position nettement engagée pour une politique de prévention ferme contre le Sida avec des pages dédiées, Têtu + , ou contre les ravages de drogues telles que le Crystal. Alors certes, il est critiqué pour avoir une position très libre vis à vis du sexe (quelle couverture ne parle pas de sexe ?) mais ses articles plus sérieux en valorisent autrement le contenu.

Ce n'est cependant pas suffisant pour que je me permette d'en parler ici et le rapport avec le titre paraît moins évident tout à coup. En fait, ce qui m'interesse en l'occurence est que le magazine renseigne dans une lettre quotidienne les actualités concernant les LGBT dans le monde. Or, vendredi 09 septembre dernier, on pouvait lire cet article :

France (Homoparentalité)
Les livres sur l'homoparentalité dangereux pour les enfants, selon la pédiatre Edwige Antier

Dans Le Figaro d'aujourd'hui, la pédiatre Edwige Antier commente la présence, dans une bibliothèque municipale, d'un livre pour enfants présentant une famille homoparentale, «Jean a deux mamans»: «
Je trouve que c'est n'importe quoi! Aujourd'hui, dans notre société, on ne laisse pas les parents être les acteurs de l'éducation de leurs propres enfants !» Alors que, selon Mme Antier, «c'est pourtant à eux et rien qu'à eux de décider quelles valeurs [sic] inculquer à leurs enfants.» L'homoparentalité est, à ses yeux, un «fait marginal» qui «véhicule, dans ce sens, des antivaleurs»: «les idées marginales doivent être le choix des parents, en aucun cas celui d'une bibliothèque municipale ou d'une mairie.» La pédiatre, par ailleurs conseillère UMP de Paris, s'inquiète notamment des conséquences de la lecture de tels livres sur le développement des enfants. «L'enfant est en train de prendre ses repères, il fixe sa place par rapport à son père et sa mère, il construit qui il est. Il est donc une marmite émotionnelle où chaque livre, chaque jeu aide à cette construction. Or, lire ou raconter ce genre d'histoire bouleverse tout et peut nuire à la construction psychique.» Quant à la lecture des ouvrages d'Edwige Antier, on peut légitimement se demander quelles conséquences elle aura sur les enfants des familles homoparentales.

par Taina Tervonen


Et voilà ce qui m'exaspère : cette volonté de censure d'une part, et de censure de fictions portant sur l'homosexualité d'autre part.

Comment cette femme qui se dit pédiatre peut-elle demander aux bibliothèques de censurer sciemment des ouvrages qui sont non seulement utiles, civiques dans une société qui se veut lutter contre toutes discrimination, mais importants aussi au niveau de la construction de soi de l'enfant homosexuel voire de l'acceptation d'une différence (qu'elle se situe au niveau ou non de la sexualité) ? Ces ouvrages qui abordent la questions de l'homosexualité permettent aux enfants de découvrir le monde dans lequel ils vivent et d'apporter des noms aux différences qui existent et qu'ils rencontrent (cf un précédent billet). Mais que ne comprend pas Mme Antier ? Ce rôle introducteur, explicatif, de découverte qu'offre la littérature de jeunesse ou n'est-ce pas plutôt cette homosexualité qui véhicule des "antivaleurs" qui la perturbent ?



On se souvient du bruit qu'avait fait l"Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon" de Christian Bruel à sa sortie parce qu'il remettait en cause les catégories Filles et Garçons préconisant que les premières ne pouvaient pas jouer aux voitures et les seconds à la poupée. On se souvient des campagnes de censure menées notamment en 1986-1987 sous l’initiative de Marie-Claude Monchaux et de Solange Marchal, élues parisiennes à l’origine d’une campagne dans les bibliothèques parisiennes, puis en 1998 à la suite d’un article de Solange Marchal et d’actions de l’"Association pour les droits de la vie", association familiale catholique intégriste présidée par Christine Boutin. Cette dernière association et ses Relais pour la vie n’hésitant pas d'ailleurs à amalgamer dans leurs documents d’accompagnement l’homosexualité et la pédophilie pour étayer leur argumentation.




Des histoires de censures dans les bibliothèques, le Buletin des Bibliothèques de France en est plein. Mais à chaque fois il souligne la réactivité de la profession en accord avec la Charte des bibliothèques telle qu'elle fut décrite par le Conseil Supérieur des Bibliothèques (1991) et le Manifeste de l'UNESCO sur la bibliothèque publique (1994).

Et quelque part, ça fait du bien, n'en déplaise aux esprits chagrins.

5 Commentaire-s :

Anonymous Manue a dit...

D'un point de vue strictement bibliothéconomique, il me semble évident que de tels livres sont indispensables dans les bibliothèques. Les enfant ont besoin des histoires pour comprendre le monde qui les entoure. Les propos d'E. Antier reviennent à dire qu'avoir en bibliothèque un livre sur un enfant qui aurait perdu un de ses parents, c'est traumatisant pour les enfants qui ne sont pas orphelins. C'est débile et ça me met en colère ! Cette dame n'a rien compris au rôle des bibliothèques manifestement. Merci pour ce billet.

9/21/2005 09:40:00 AM    
Blogger Thilas a dit...

On en parle ici aussi :
http://sitedethierrylenain.hautetfort.com/archive/2005/09/24/•-edwige-monchaux.html

et là :
http://lsj.hautetfort.com/archive/2005/09/24/»-quand-madame-edwige-antier-s-enerve-de-voir-ce-livre-dans.html

9/29/2005 04:48:00 PM    
Anonymous A.M. a dit...

Salut,
Je pensais bien aussi que cela te ferait réagir. J'aurais bien aimé voir passer ce commentaire dans la liste de diffusion des FR ou de la Fédé des CGL. Tu voudrais pas me le passer .

10/10/2005 10:20:00 PM    
Blogger Thilas a dit...

ben euh.. oui si tu veux ^__^

Pour les gens qui ne suivent pas, les FR sont les Flamands Roses, une association lilloise et les CGL sont les Centre Gay et Lesbien éparpillés dans les agglomérations de la métropole et d'ailleurs.

Mais lis aussi les commentaires dans les liens que j'ai ajouté ci dessus. Ils sont intéressants.

Bises,
Th.

10/10/2005 10:37:00 PM    
Blogger greg a dit...

Je ne sais pas depuis combien de temps cet article est en ligne. Mais je suis entièrement d'accord. J'irai même plus loin que toi : à propos de Mmes Antier et Monchaux, je ne pense pas qu'il soit exagérer de parler de discours fascisant, ou de réflexe d'autodafé... Certes la question de l'homosexualité ne me touche pas personnellement, mais il relève du simple bon sens de considérer que l'équilibre psychologique d'un gamin n'a aucune raison d'être mieux garanti par des parents de sexes différents (qui ont autant de chance que n'importe qui d'être des tarés pervers). Je connais une damoiselle légèrement réac qui peut sortir des joyeusetés comme : "l'homoparentalité est la porte ouverte à l'inceste." Pour ma part, et excuse la tautologie, je trouve indéniable que "la parentalité est la porte ouverte à l'inceste". Voilà. Je te souhaite une bonne continuation,

G. Damon, aspirant bibliothécaire et un peu romancier.

9/26/2008 09:38:00 AM    

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