mardi, février 07, 2006

Le futur numérique des bibliothèques universitaires

On en a beaucoup parlé ( ce qui me donne l'occasion d'évoquer le blog de Formist) il y a deux ou trois semaines, mais je viens à peine de finir l'article évoquant le futur des bibliothèques universitaires : "Changing a cultural icon : the academic library as a virtual destination", de Jerry D. Campbell, Directeur des bibliothèques de l'Université de Californie du Sud, Los Angeles et paru dans le numéro de janvier-février d'Educause Review.



L'article analyse le devenir des bibliothèques universitaires (academic libraries) au regard de l'importance croissante que prennent les technologies de l'information, dont internet et la numérisation des documents, dans les pratiques de recherches d'une part et l'économie de l'information d'autre part.

En effet, si la bibliothèque était considérée comme le lieu de la recherche (top source of knowledge), il semble que ce soit aujourd'hui moins le cas et qu'internet lui ait ravi le titre de plus importante source d'information en moins de dix ans - quand bien même les informations qu'on y trouve manquent-elles de validation. De plus, les supports eux-même sont de plus en plus numérisés modifiant l'économie de l'information qui en découle : les usagers préféreront en effet consulter en premier lieu des documents instantanément disponibles en texte intégral, invisibilisant ceux encore sur format papier. La monographie à ce titre qui demeurait le support résistant encore et toujours à l'invasion numérique semble tomber sous les projets Google Books, Open Content Alliance (Yahoo ou Microsoft entre autres) ou de la Bibliothèque Numérique Européenne. A l'ère numérique (digital age), la bibliothèque s'entend de plus en plus comme un lieu virtuel, y compris et surtout pour la communauté des chercheurs.

Ces changements cependant n'affectent pas encore profondément le fonctionnement des bibliothèques universitaires mais il pourrait en être autrement au cours de la prochaine décennie, posant la question même du rôle de la bibliothèque. D'ores et déjà un certain nombre de piste peut être suivi développant les nouveaux services que la bibliothèque met en place à cette ère du numérique, adaptant ainsi ses missions originelles :

  • Fournir des espaces de travail de qualité :

    La bibliothèque a toujours été un lieu physique de rencontre de ses usagers et de stockage de ses collections. Ces espaces sont des espaces présentant les meilleurs conditions à l'apprentissage et la recherche. Si les collections peu à peu disparaissent et changent de support, c'est peut-être ce rôle de lieu d'échanges et de rencontre entre les usagers alors qu'il conviendrait de souligner.

  • Créer des métadonnées :

    Plus les volumes d'informations augementent plus il convient de les organiser pour en permettre l'exploitation. C'est déjà ce que font les bibliothèques lorsqu'elles cataloguent, c'est également ce qu'elles peuvent faire avec des documents en ligne au niveau des métadonnées et de leur descrition. Ceci dit, les principes d'organisation et de description ne sont pas encore totalement fixés, c'est un champ encore en voie d'étude. De plus, les bibliothécaires maîtrisent encore mal les technologies émergeantes, ce qui semble s'améliorer ces dernières années avec la création de portails institutionnels proposant des informations validées (empiétant sur les portails commerciaux).

  • Offrir des services de références en ligne :

    Le service de référence permettant la recherche et la compilation d'information de tout type devient de plus en plus indispensable alors que le volume d'information croît et que les études se complexifient. Peu à peu, alors qu'ils étaient peu efficients (services lents et limité à peu d'usagers) et les données de plus en plus virtuelles, les services de références sont devenus virtuels utilisant chat, courriers électroniques, sites spécialisés... Mais à l'heure de la réponse apparemment instantanée et de la concurrence des moteurs de recherche, il semble que le Web devienne une vrai sucesseur de ce genre de service en ligne.

  • Former à la maîtrise de l'information :

    Former à la maîtrise de l'information est un enjeu dont se sont emparées depuis longtemps les bibliothèques, d'autant plus crucial dans notre monde du tout informationnel multisupport, que complique encore plus l'utilisation de grand nombre de systèmes propriétaires pas toujours interopérables. De fait,l'évolution du Web lui-même et la simplification des techniques de recherches détermineront les futurs besoins en maîtrise de l'information.

  • Choisir des ressources et gérer les licences d'utilisation :

    Le travail de sélection des ressources, au coeur du travail des bibliothèques, a fortement évolué ces dernières années passant d'uns sélection au titre par titre à une sélection par bouquet et permettant un achat plus important pour un coût moindre. Cependant, avec les ressources en ligne, les établissements n'achètent plus tant les titres qu'ils gèrent des accès sous contrat de licence. Ce type d'offre étant appelé à se développer, le rôle des bibliothécaires se portera plus vers la gestion des licences dans les années à venir.

  • Collecter et numériser les archives :

    Historiquement, les bibliothèques universitaire ont joué un rôle de conservation des documents permettant la préservation d'un certain héritage culturel et proposant un riche répertoire de documents pour la recherche. La numérisation permet d'en dépasser les deux limites (la localisation unique de ces documents et leur difficulté d'accès) et devrait en développer l'usage tout en apportant une valeur ajoutée aux collections. Ceci dit, il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine, sans compter les archives privées.

  • Maintenir des répertoires numériques :

    En fait, ce qui est entendu ici serait plutôt maintenir des bibliothèques numériques, id est gérer des collections hébergées par la bibliothèques ou son institution et non servir de simple portail d'accès. Il s'agit donc d'opérations de rétroconversion (des thèses par exemple) ou de mise en ligne directe par le biais d'outils des outils de GED comme ce que propose le MIT avec son DSpace. Créer de tels bibliothèques, les gérer et gérer les droits d'accès, informer les différents partenaires (dont les chercheurs) semble aujourd'hui une priorité indiscutable.

  • Jerry Campbell termine en rappelant que ces évolutions devront se faire en concertation avec la communauté universitaire, autant qu'avec certains collègues, pour qui les bibliothèques demeurent une icône culturelle à l'aura mystique empreinte de Connaissance, Savoir ou de Sagesse, et dont les réactions risquent fort d'être hostiles ou pour le moins angoissées. D'autres part, il faudra faire avec la tentation de supprimer des postes au motif du tout numérique dans un contexte économique difficile.

    Il conclue enfin que les prochaines années seront décisives pour les bibliothèques et qu'elles devront développer leurs valeurs professionnelles, adapter leurs activités et leurs fonctions autour de nouvelles missions conçues autour d'un monde numérique.

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